L’Association des optométristes du Québec propose une vision de développement en matière de soins oculo-visuels, centrée sur cinq priorités. Elles s’inscrivent parfaitement dans les grandes orientations gouvernementales sur la réforme des modes de fourniture des services de première ligne, sur l’exercice en multi et pluridisciplinarité ainsi que sur la prévention et l’éducation en matière de saines habitudes favorisant la santé.
Priorité 1 : Favoriser l’accès à des services de première ligne en soins oculo-visuels
Les optométristes du Québec, en première ligne des soins de santé, sont aptes à diagnostiquer et à traiter la plupart des pathologies de l’œil qui ne nécessitent pas de traitements invasifs ou chirurgicaux.
En favorisant l’accès aux services optométriques de première ligne, en complément des services actuellement offerts par les médecins de famille, le gouvernement favoriserait l’efficience et l’accessibilité à des soins compétents, rapidement sur tout le territoire du Québec. Les patients seraient donc mieux servis à moindre coût.
Nous agirons pour que :
- le gouvernement du Québec réévalue l’étendue de la couverture actuelle des services offerts par les optométristes du Québec à la population ainsi que la rémunération y afférant;
- le gouvernement du Québec favorise l’intégration des services optométriques à ceux de la médecine familiale, dans la refonte actuelle du mode de fourniture des services de première ligne.
Priorité 2 : Favoriser l’adoption d’une politique de prévention et de suivi pour les patients diabétiques
On sait que le diabète affecte aujourd’hui plus de 300 000 Québécois, sans tenir compte de ceux, probablement aussi nombreux, qui en sont également atteints mais qui ignorent leur état. Cette tendance devrait s’amplifier puisqu’on estime qu’un Québécois sur dix sera atteint de la maladie au cours des prochaines années.
De plus, on sait aussi que le diabète entraîne des lésions importantes à l’œil et constitue l’une des premières causes de cécité dans les populations des sociétés industrialisées. Il est donc impératif que des mesures soient mises en place pour favoriser l’examen systématique de tous les patients diabétiques, et ce, selon une fréquence en rapport avec l’évolution de leur maladie.
Pour évaluer la santé oculaire des patients diabétiques, il existe deux professionnels compétents : les ophtalmologistes et les optométristes. En milieu ophtalmologique, la demande est telle que tout accroissement lié à la progression des cas de diabète ne saurait trouver réponse.
Pour que tous les patients qui demandent un traitement spécialisé soient vus rapidement, il est impératif que les cas mineurs qui ne nécessitent qu’une évaluation puissent consulter des professionnels de première ligne, compétents, ce qui permettrait de désengorger le milieu hospitalier. L’optométrie, reconnue à cette fin par le Conseil médical canadien et l’Association Diabète Québec, est tout indiquée pour remplir ce rôle.
Mentionnons qu’une telle approche a déjà fait ses preuves dans d’autres juridictions en Amérique du Nord.
En partenariat avec les autres acteurs préoccupés par ce fléau, nous agirons pour que :
- le gouvernement du Québec établisse une politique cohérente de prise en charge des patients diabétiques, notamment pour le volet oculo-visuel;
- cette politique implique les médecins omnipraticiens, les optométristes et les ophtalmologistes, de même que les centres de diabète;
- l’accès aux services optométriques pour les patients diabétiques soit facilité par la couverture des actes diagnostiques posés par les optométristes, et ce, dans le cadre du régime public d’assurance-maladie.
Priorité 3 : Contribuer à la lutte contre le décrochage scolaire par la mise en œuvre d’une politique de prévention visuelle
La vision est responsable de 80 % des notions acquises par la personne humaine. Que ce soit en bas âge ou au cours des études plus poussées, une vision efficace et coordonnée des deux yeux constitue la base de la réussite scolaire. L’enfant d’âge scolaire qui souffre d’un déficit visuel (non corrigé) rencontre des difficultés importantes de fonctionnement et d’assimilation des notions à acquérir.
Il est donc important de corriger tôt ce déficit de la vision ou de la coordination des yeux. Après l’âge de 6 ans, le système nerveux est plus difficile à modifier et le patient demeure alors avec un déficit permanent susceptible de nuire à son développement et à son apprentissage.
C’est pourquoi il est recommandé d’examiner sur une base régulière les enfants à 6 mois, à 3 ans et à 5 ans, de façon à mettre en évidence le plus tôt possible, et à traiter au besoin, tout problème de vision ou de coordination des deux yeux.
Le gouvernement a aboli les programmes de dépistage systématique dans les écoles depuis de nombreuses années. Quelques infirmières réussissent tout de même à effectuer un certain dépistage auprès des clientèles scolaires, mais ce dépistage est relativement tardif puisque l’enfant est déjà à l’école. De plus, ces tests sommaires ne mettent en évidence que la myopie qui compte, en bas âge, pour un très faible pourcentage des problèmes visuels liés à des difficultés d’apprentissage.
Alors que les examens de la vision sont couverts par le régime public de 0 à 17 ans, seulement 30 % des enfants ont subi un examen oculo-visuel avant leur entrée à l’école.
Nous agirons pour :
- sensibiliser les autorités de santé publique, les commissions scolaires, les écoles et les CSSS (CLSC) à cette problématique;
- que le gouvernement du Québec participe à la mise en place d’incitatifs qui favoriseront la consultation préventive pour que tous les enfants au Québec subissent un examen oculo-visuel complet avant leur entrée à l’école.
Priorité 4 : Contribuer à la mise en œuvre de mesures qui amélioreront la sécurité routière
Le lien entre la vision et la conduite automobile est évident. Personne ne peut nier l’importance d’une bonne vision pour une conduite efficace et sécuritaire.
Tant qu’il s’agit de véhicules privés dits de promenade, les exigences oculo-visuelles sont telles qu’elles sont facilement atteintes par la majorité des personnes. La majorité des conducteurs automobiles possède d’ailleurs les habiletés visuelles nécessaires à leur fonctionnement efficace sur les routes.
Par contre, lorsque l’on considère la conduite de véhicules routiers lourds, articulés, de véhicules d’urgence ou de transport, il en est tout autrement. En effet, les exigences pour la conduite de tels véhicules sont supérieures à celles de la conduite conventionnelle. Or, la réglementation actuelle n’oblige pas d’examen complet de la vision et de la santé oculaire avant l’âge de 55 ans. L’obtention d’un permis de classe supérieure peut se faire par des tests de dépistage supervisés par du personnel non qualifié dans les bureaux de la SAAQ.
Les optométristes constatent, chaque année, que des conducteurs possédant un permis de classe supérieure souffrent d’un déficit de la vision non corrigé qui ne leur permettrait pas d’obtenir un tel permis. L’absence de mécanismes de contrôle relatifs à l’obtention ou au renouvellement périodique d’un tel permis est à l’origine de ces problèmes.
Nous croyons que, comme d’autres juridictions en Amérique du Nord, le Québec devrait resserrer sa réglementation pour assurer à tous les utilisateurs de la route une sécurité accrue.
Nous agirons pour que :
- le ministère des transports et la SAAQ mettent en place une politique cohérente en matière de sécurité routière, en exigeant que chaque personne voulant conduire un véhicule lourd, articulé, de transport ou d’urgence :
- subisse un examen oculo-visuel complet avant l’obtention de son permis, et ce, chez un optométriste ou un ophtalmologiste;
- soit tenue de renouveler cet examen tous les 5 ans ou plus fréquemment si l’état des yeux du patient le justifie.
Priorité 5 : Contribuer à l’offre de services aux personnes âgées
Le maintien des personnes âgées à domicile est une volonté exprimée depuis plusieurs années par le gouvernement du Québec.
Les optométristes du Québec ont depuis longtemps contribué à cet objectif en assumant, notamment en région, des services diagnostiques en établissement lorsque leurs services étaient recommandés par l’équipe médicale traitante ou par la famille.
Malgré la volonté des optométristes de continuer à fournir de tels services, il est de plus en plus difficile de le faire en raison de restrictions budgétaires affectant la couverture des besoins spéciaux hors des centres et des établissements.
Nous croyons plus que jamais que l’optométrie, en tant que profession de première ligne, doit faire partie de l’équipe multidisciplinaire qui œuvre pour maintenir des personnes âgées à domicile avec une qualité de vie acceptable.
Nous agirons pour que : le gouvernement du Québec établisse des paramètres de maintien des personnes âgées à domicile qui favorisent une approche multidisciplinaire, qu’à l’intérieur d’une telle politique, les services optométriques et les frais de déplacement du professionnel soient couverts par le régime public d’assurance-maladie du Québec.
La forme masculine fait référence aussi bien aux femmes qu’aux hommes. Elle a été employée pour alléger le texte.
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