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GÉNÉRALE : Vos yeux et votre vision
LA BELLE HISTOIRE DE DEUX YEUX QUI S'OUVRENT
SUR LE MONDE
Naître à la vue
La vision des bébés: une cause nationale
Aujourd’hui, on sait qu’en dépistant et en corrigeant
la vue des bébés avant un an, on peut éviter,
chaque année, à plus de 40.000 enfants de devenir
mal voyants. (...) Les troubles de la vision ne sont pas une fatalité.
Il ne faut plus les accepter passivement car les connaissances ont
fait des pas de géant. Oui à une prise en charge précoce.
Oui à une campagne d’information nationale. La vue
de nos bébés est une cause de tout premier plan.
François Vital-Durand, Directeur de Recherche à l’INSERM,
U 371 à Brun
Professeur Jean-Claude Hache, Chef du Service d’Exploration
Fonctionnelle de la Vision au CHU de Lille
SUIVEZ SON REGARD
Il est des bébés curieux qui viennent au monde les
yeux grands ouverts. D’autres sont moins pressés de
voir la vie ils naissent les yeux mi-clos, entrouvrent une paupière
et la referment.
Bébé intéressé ou bébé
encore ensommeillé, dans tous les cas, c’est le regard
de son tout petit qu’une maman cherche, avant tout, à
capter. Même si on lui a longtemps dit que comme les chatons
- les nourrissons ne voyaient pas, elle sait que son enfant a déjà
la volonté de voir.
À la naissance, la vision du nourrisson est, cependant.
encore imparfaite. Par bonds successifs, il va falloir 5 ans à
un enfant pour apprendre à bien voir. Encore faut-il s’entendre
sur "bien voir" car une vision irréprochable est
une exception. La preuve un enfant de moins de 5 ans sur sept a
des problèmes de vision.
Environ 100.000 enfants sur les 750.000 qui naissent chaque année
en France, sont ainsi concernés à des degrés
divers.
Pour 90.000 d’entre eux, le problème est, le plus
souvent, bénin. Si on le détecte précocement,
on saura, dans la majorité des cas, le corriger. Pour les
10.000 autres, les spécialistes ne sont pas, non plus, désarmés.
Même s’il s’agit d’affections plus graves,
on sait, aujourd’hui, offrir à ces enfants une vie
proche de la normale. Surtout si on intervient très tôt.
Dans tous les cas, cette règle du dépistage précoce
est capitale.
C’est le moyen de permettre à un nombre considérable
d’enfants d’éviter un grave handicap visuel dû
à un défaut en apparence simple un strabisme, une
myopie,. un astigmatisme ou une hypermétropie sévères
d’un ou des deux yeux. BÉBÉ
AVANT SA NAISSANCE : LA VUE INTRA-UTÉRINE
Miracle de la nature, l’oeil est l’un des organes qui
apparaissent le plus tôt chez l’embryon. Le système
oculaire de ce dernier se met â exister en même temps
que son cerveau s’ébauche : 18 jours seulement après
la conception !
À ce stade, l’embryon humain mesure à peine
deux millimètres de long mais on voit déjà,
au niveau de son visage, deux points noirs qui préfigurent
les yeux.
D’abord partie intégrante de ce qui de viendra le
cerveau, ils poussent progressivement, comme une fleur, pour éclore
à la surface de la peau. Celle-ci devient transparente, peu
à peu, elle se transforme en iris et en cornée et,
le temps passant, elle construit des volets pour abriter les globes
oculaires : les paupières.
À 5 mois de grossesse, les yeux de l’embryon sont
pratiquement terminés. Il leur reste à prendre du
volume et à affiner les connexions qui les relient au cerveau.
A ce moment de la vie intra-utérine, le cerveau mélange
un peu les informations provenant de l’oeil gauche et de l’oeil
droit.
Quant à la rétine, elle manque encore de pigments:
c’est-à-dire de substances colorées qui seront
sensibles à la lumière, à ses nuances d’intensité
et de couleur. À ce stade du développement, les cellules
photosensibles des yeux - les cônes et les bâtonnets
- sont encore très dispersées sur la rétine,
ce qui explique la très faible acuité visuelle du
bébé à la naissance.
Ça n’est que progressivement qu’une partie de
ces cellules vont se concentrer pour permettre la vision de détails
très fins. Parallèlement, l’humeur vitrée
est encore, pour quelque temps, encombrée de traces d’une
membrane issue de la construction embryonnaire. Surprenant : quand
on l’observe avec un appareil spécifique, on dirait
une mantille.
Difficile d’imaginer ce que perçoit un fœtus
de 5 mois et demi à l’abri du ventre maternel. On sait
cependant qu’il réagit à des stimulations lumineuses
importantes et que si la maman marche sur la plage ou prend un bain
de soleil à une heure de forte luminosité, il ne fait
pas de doute que le fœtus perçoit une lumière
diffuse qui traverse la peau, les muscles et le liquide amniotique.
Un peu, semble-t-il, comme s’il regardait à travers
un verre dépoli.
Mais perçoit-il ses petites mains, ses jambes, ses pieds
ou son cordon ombilical quand il fait des loopings dans l’utérus
maternel ? Ça n'est pas certain. La perception de ses gestes
exigerait une lumière vraiment importante. Sans doute aussi
serait-elle gênée par la vitesse des mouvements.
BÉBÉ EST NÉ, IL VOIT
Parce qu’il dort la plupart du temps et que, lorsqu’il
est éveillé, il ne fixe son regard que de manière
fugitive, on a longtemps pensé que le nouveau-né ne
voyait pas, pendant environ les deux premières semaines de
sa vie. Aujourd’hui, on sait que c’est faux. On peut
même assez facilement mesurer cette «première
vision».
Un nourrisson qui vient au monde peut détecter une barre
d’un cm - l’équivalent d’un crayon - même
si elle se déplace lentement. À condition, toutefois,
qu’elle soit contrastée, par exemple en noir et blanc,
et présentée sur un fond uniforme à 30 cm des
yeux. À condition aussi que le moment s’y prête,
que le bébé soit bien éveillé et calme.
Autre certitude quand il vient au monde, l’enfant redoute
les lumières fortes puisque - comme on l’a vu - sa
rétine ne comporte pas encore assez de pigments pour être
protégée contre des illuminations importantes. Cette
absence de pigments dans l’iris et au fond de l’oeil
explique aussi que tous les nourrissons ont les yeux sombres.
À ce stade, le tout-petit ne voit pas encore les couleurs.
Cette notion est difficile à imaginer car on est tenté
de penser qu'il voit la vie en noir et blanc. Erreur puisque ce
sont aussi des couleurs... Le mystère demeure.
Tout cela reviendrait à accréditer la thèse
ancienne selon laquelle le nouveau-né ne voit pas très
bien mais - aujourd’hui, on en est sûr - dès
le troisième jour, il voit suffisamment pour fixer le visage
de sa maman ou de la per sonne à laquelle il est confié.
Certes, il ne fait pas la différence entre des cheveux blonds
ou bruns, des yeux verts ou marron mais le visage humain est ainsi
fait - et bien fait - que le bébé appréhende
un tout composé de zones foncées ou claires.
Peu à peu, l’odeur, la voix, les mimiques de la mère
s’associent à ce que l’enfant voit pour créer
une image familière permanente. C’est si vrai qu’à
6 semaines, un bébé ne confond pas sa mère
et sa tante. Des expériences ont prouvé, si on prend
une photo de ces deux femmes en éliminant des signes distinctifs
comme la chevelure, les lunettes ou les boucles d’oreille,
l’enfant ne se trompe pas. Il fixe beaucoup plus l’image
de sa mère même si les deux visages ont des traits
communs.
La vision de l’enfant se construit mois après mois,
de la naissance jusqu’à 5 ou 6 ans avec des «rendez-vous»
précis à 4 mois et demi, 9 mois, 18 mois, 36 mois
(3 ans) et 72 mois (6 ans). Elle dépend de la maturation
du cerveau qui, lui, apprend à voir plus lentement que les
yeux.
À la naissance, toutes les cellules nerveuses du système
visuel sont présentes. Elles se comptent par milliards depuis
la rétine jusqu’au cortex visuel situé à
l’arrière du cerveau.
Pendant l’apprentissage de la vision et surtout avant 18
mois, les contacts entre ces cellules sont capables de se modifier,
de se rompre pour se réorganiser.
Cette propriété, c’est la plasticité
du cerveau qui lui permet d’élaborer un mode de fonctionnement
adapté. C’est ainsi que les images captées par
l’oeil gauche et l’oeil droit se mélangent pour
permettre la perception du relief et que les deux yeux convergent
pour fixer un objet très proche. Cette phase correspond à
une organisation des synapses - les liaisons entre les cellules
nerveuses - qui évoluent beaucoup jusqu’à 18
mois puis plus lentement de 18 mois à 6 ans.
Cela signifie que les structures cérébrales responsables
de la vision se mettent en place progressivement. Elles sont pratiquement
à un an et demi et totalement définitives après
6 ans.
Fascinant chacune de ces milliards de cellules nerveuses reçoit
et émet environ 5.000 synapses qui les relient entre elles.
Tout au début de l’apprentissage de la vision, elles
sont réparties au hasard. Ensuite celles qui vont fonctionner
sont renforcées et stabilisées Si les yeux voient
bien, tout se construit normalement. En revanche, s’il y a
un défaut visuel, les liaisons s’ordonnent mal comme
des lettres mal distribuées pour écrire un mot.
Par chance, tant que l’enfant est jeune et son cerveau plastique,
on peut gommer ces erreurs et réorganiser les liaisons, ceci
jusqu’à 18 mois. Au-delà, c’est plus difficile,
long et hasardeux.
Autre conséquence de cette formidable organisation des cellules
nerveuses plus on regarde, plus on apprend à voir. D’où
l’intérêt de stimuler - raisonnablement - la
vision d’un enfant dès les premiers jours de sa vie
La maturation de la vision est donc progressive. L'ACUITÉ
VISUELLE - c’est-à-dire l’aptitude à
voir des détails très fins - s’améliore
les mois passant. L’enfant vient au monde avec à peu
près 1/20ème d’acuité visuelle. Il perçoit
l’équivalent d’un petit doigt.
À quatre mois et demi, il est capable de détecter
la mine d’un crayon ce qui correspond à une acuité
de 2/10ème Ensuite, c’est le bond en avant: dès
18 mois, il voit un cheveu fin Son acuité visuelle en est
à 5 ou 6/10ème et - si tout va bien - il atteindra
le maximum d’acuité : 12 à 14/10èmes
- après 10 ans.
Ces progrès émerveillent les mamans. Un beau jour,
l’enfant ramasse minutieusement une miette microscopique sur
le sol, une miette imperceptible pour un adulte.
Explication : même si son acuité est plus faible que
celle d’un «grand», comme il est plus petit, il
est plus proche de la miette et la voit donc plus grosse...
LA VISION DES COULEURS progresse en parallèle.
Vous le savez, à la naissance, un enfant ne perçoit
que l’équivalent du noir et du blanc mais, vers 5 à
6 semaines, il commence à réagir au rouge et au vert
et, vers le sixième mois, il voit le bleu et le jaune. À
condition que ces couleurs soient franches, saturées.
Cette découverte, c’est la technique dite du potentiel
évoqué qui l’a permise. Elle consiste à
enregistrer les activités cérébrales d’un
bébé auquel on montre des motifs colorés, bien
contrastés sur des écrans d’ordinateur, dans
un but de recherche scientifique. LA DÉTECTION
DES MOUVEMENTS existe très tôt et s’affine
progressivement. Dans les premières semaines de la vie, quand
l’adulte bouge son visage dans un geste de tendresse ou de
jeu, mieux vaut le faire lentement car les yeux du bébé
n’organisent pas encore bien le mouvement de poursuite. Malgré
tout, l’enfant détecte un mouvement rapide de la main
et on peut utiliser un tel geste pour éveiller son attention.
Dans le cas du mouvement lent, le bébé voit avec
précision. Quand le mouvement est trop rapide, il détecte
seulement, tout simplement parce que son champ visuel est encore
limité. UN GRAND MOMENT :
4 MOIS ET DEMI
À cet âge, les mouvements de l'oeil du bébé,
quand il est bien éveillé, sont aussi précis
et rapides que ceux d’un adulte. Il suit des yeux
sa maman quand elle se déplace dans la pièce ou le
lève à bout de bras.
D'un seul coup, sa capacité de poursuite oculaire est parfaite
et sa rétine perçoit des images stables.
À cet âge où il ne tient pas encore assis,
le bébé est capable de performances visuelles incroyables.
Il est non seulement susceptible de suivre les mouvements réguliers
du balancier d'une horloge mais aussi de faire des mouvements très
rapides des yeux, des «saccades oculaires», pour observer
le chat qui bondit.
C’est à peu près au même moment qu’il
acquiert la vision binoculaire, c’est-à-dire la capacité
d’appréhender la distance d’un objet il essaie
de l’attraper et sépare le pouce et l’index pour
plus d’efficacité. Autrement dit, il apprend à
utiliser ses deux yeux en même temps que ses deux mains.
Avant, les deux images qui provenaient de l’oeil gauche et
de l’oeil droit étaient grossièrement superposées.
Maintenant qu’elles sont perçues avec plus de détails,
elles fusionnent et leur superposition donne la sensation de relief.
Certes, l’enfant vit encore «dans une bulle»,
à 40 cm au tour de lui, et son monde se limite à ce
qu’il peut attraper. Ce qui est plus loin l’intéresse
moins car les images lui apparaissent avec une moins bonne définition.
C’est quand il commence à s’asseoir que son espace
d’intérêt visuel grandit.
Posture et vision se construisent l’un l’autre, secondées
par le pouvoir de préhension des mains. Peu à peu,
il nourrit sa vision d’objets de plus en plus lointains.
UN BOND DE PLUS : 9 MOIS
Sa motricité aidant, le bébé devient un véritable
explorateur. À quatre pattes, il va toucher ce qu’il
voit. Son espace s’est considérablement étendu
et il règne, visuellement, sur son royaume.
Encore quelques mois et il marchera. Pour cela, sa vision doit
être aussi précise que celle des "grands".
Il doit voir suffisamment loin pour estimer le point d’appui
sur lequel il peut s’échouer tout en percevant le sol
où il pose les pieds. Il doit aussi - tel une bébé
missile - détecter les obstacles sur sa route.
Jusqu’à 18 mois, il structure son espace visuel et
affine sa vision. Non seulement pour conquérir le monde qui
l’entoure mais aussi pour toucher avec les mains ce qu’il
a effleuré avec les yeux. Il aime savoir si c’est chaud
ou froid, doux ou rêche... Ainsi, l’exploration est
en relation directe avec la vision.
Il ne comprend pas encore tout ce qu’il voit mais il perçoit
tous les détails nécessaires à sa vie de petit
enfant. L'APPRENTISSAGE DE LA PAROLE :
18 MOIS
Jusqu’alors, la vision de l’enfant lui permet surtout
de connaître le monde mais pas encore de le reconnaître.
Soudainement, il commence à mettre un nom sur les choses
et, pour lui, qu’il soit bleu ou rouge, bonnet ou cagoule,
un chapeau est déjà un chapeau.
Sa vision ne lui sert plus seulement à se déplacer
mais aussi à comprendre et à maîtriser le monde
qui entoure. Il fait la différence entre sa poupée
et celle de sa sœur, connaît les lieux autorisés
et ceux interdits et identifie tous ses proches en les nommant.
Vers cette période, les fonctions visuelles de l'enfant
sont quasiment adultes mais il lui manque encore entre 4 et 6/10ème
d’acuité car les cônes ne sont pas encore assez
groupés dans la partie centrale de sa rétine.
Pour les mêmes raisons, il distingue encore mal les faibles
contrastes. Gris souris ou gris éléphant? C’est,
pour lui, bonnet blanc, blanc bonnet. Pourtant, ses performances
lui suffisent car, là encore, il n’est pas en âge
de lire ou d’assembler des composants électroniques
DE LA MATERNELLE À LA GRANDE
ÉCOLE : 3 À 6 ANS
Le bébé est devenu un grand. Crèche, maternelle...
Il a accompli ses premiers pas dans la société. Sa
vision se précise.
Le plus souvent, il est déjà capable de dessiner,
de colorier et, parfois, de manière incroyablement habile.
Avide d’apprendre à lire et à écrire,
il essaie de reconnaître des lettres.
Il monte les escaliers en posant un pied sur chaque marche et il
est même capable de jouer à sauter la dernière.
Ceci prouve que sa vision et sa motricité commencent à
être bien coordonnées.
DES ERREURS DE PARCOURS
Vous le savez, sur les 750.000 enfants qui viennent au monde, chaque
année, en France. 100.000 ont ou auront un problème
de vision.
La plupart - 60.000 - sont ce que les spécialistes nomment
amétropes. Ce terme regroupe tous ces défauts bien
connus de la vision que sont l’hypermétropie, l’astigmatisme
et la myopie de l’un ou des deux yeux. 30.000 autres enfants
présentent ou présenteront un strabisme allant de
la simple coquetterie dans l’oeil à une «loucherie»
marquée.
Restent 10.000 enfants atteints d’une pathologie oculaire
qui demande une très grande attention. Parmi ces derniers,
on estime à environ 750, le nombre d’enfants non-voyants
dés la naissance. L'HYPERMÉTROPIE
est le défaut le plus répandu chez les bébés
car, de toutes façons, tous les enfants naissent momentanément
hypermétropes de 1 à 2 dioptries. Le plus souvent,
cette particularité qui tient au fait que les images se forment
derrière la rétine et non pas dessus, disparaît
naturellement entre 6 et 10 ans.
Conséquence pour ceux chez lesquels elle demeure à
un âge où l’acuité visuelle de l’enfant
est naturellement faible quand il regarde de près, sa vision
est encore plus altérée. Lorsque l’hypermétropie
est faible, les spécialistes du tout petit ont pour habitude
de l’ignorer elle est généralement sans effet
sur la vision.
Quand elle est plus importante, ils prescrivent une correction
qui peut, à elle seule suffire à éviter un
strabisme. Enfin, si elle ne concerne qu'un seul oeil, elle doit,
là aussi, être considérée car l’enfant
court un risque de strabisme et d’amblyopie. La MYOPIE
est un défaut qui apparaît, le plus souvent, à
l’adolescence. Cependant, certains bébés peuvent
être sérieusement myopes, notamment si leur mère
et/ou leur père le sont. Cette fois, les images reçues
se créent devant la rétine et non dessus.
L’enfant voit mal de loin mais bien de prés. Tout
petit, cette anomalie ne le gêne pas car il ne s’intéresse
encore qu’à un monde proche. Plus tard, si l’on
ne corrige pas son défaut, il risque de demeurer dans un
univers anormalement restreint. L'ASTIGMATISME
est dû à une irrégularité de courbure
de la cornée. Au lieu d’être ronde comme un ballon
de football, elle se rapproche du ballon de rugby. L’enfant
voit, par exemple, mieux les lignes verticales que les horizontales
mais, petit, il n’est pas gêné et, là
encore, on ne corrige un astigmatisme chez l’enfant jeune
que s’il est très important. Le STRABISME
est un défaut de parallélisme entre les deux axes
du regard. La déviation peut être légère
ou importante, intermittente ou permanente, variante ou constante
et affecter un seul oeil ou les deux yeux. Elle est rarement identique
dans toutes les positions du regard,
Le strabisme le plus fréquent est convergent l’oeil
dévie vers le nez. Il est moins souvent divergent - l’oeil
dévie vers la tempe - ou vertical l’un des yeux est
plus haut que l’autre. Jusqu’à 3 mois, il est
normal qu’un bébé semble loucher de temps à
autre, car ses deux yeux sont encore largement indépendants
et incapables de super poser les images.
De plus, pour des raisons morphologiques, presque tous les nourrissons
donnent l’impression de loucher, du moins par moments, car
la base de leur nez n’est pas encore proéminente et
leurs paupières supérieures ont tendance à
plonger vers le petit bout de nez.
Dans la moitié des cas de strabisme, ce défaut peut
apparaître après 9 mois. Dans 15% des cas, il se révèle
plus tardivement: après 18 mois.
Avant 9 mois, les causes du strabisme sont, le plus souvent, liées
à un défaut de la commande nerveuse des muscles oculaires
ou encore à une trop forte myopie ou hypermétropie.
Plus tard, il n’est pas rare qu’un choc affectif entraînant
un trouble psychologique soit en cause. Par exemple, la séparation
des parents ou l’arrivée d’un petit frère
ou d’une petite soeur...
Pour les psychanalystes, l’explication est claire : l’enfant
subit un conflit qu’il ne peut pas résoudre. C’est
sa manière à lui d’attirer l’attention,
d’appeler au secours... comme d’autres refusent de s’alimenter
ou recommencent à faire pipi au lit. Parfois aussi, un strabisme
peut être dû à une forte fièvre ou à
une chute ayant entraîné un traumatisme crânien.
Le strabisme n’a pas seulement un inconvénient esthétique.
Il a aussi des conséquences visuelles : l’oeil qui
ne fixe pas est susceptible, si l’on n’intervient pas,
de devenir paresseux puis inefficace. C’est ce que les spécialistes
appellent l’amblyopie.
Hypermétropie, myopie, astigmatisme ou strabisme sévères
d’un ou des deux yeux peuvent conduire â une amblyopie.
L'amblyopie n’est pas un défaut de l’oeil lui-même
mais la conséquence d’une anomalie de la vision qui
empêche le cerveau d’apprendre à voir. Par exemple,
un oeil fortement hypermétrope fabrique des images de mauvaise
qualité.
Le cerveau sélectionne celles de meilleure qualité
en provenance du «bon» oeil. Il supprime les images
«parasites» pour se consacrer entièrement à
l’analyse du bon oeil. Résultats : peu à peu
la vision de l’oeil hypermétrope est inhibée
et à l’extrême, cet oeil peut se réfugier
dans le strabisme et /ou devenir voyant.
Si tout commence par un strabisme, le phénomène est
comparable : l’oeil qui «louche» peut devenir,
lui aussi, amblyope. Dans les cas les plus sévères,
si les deux yeux sont porteurs de défauts importants, il
arrive que l’enfant développe une amblyopie bilatérale:
le cerveau apprend mal ou pas du tout à voir.
Comme l’amblyopie est la plupart du temps consécutive
à un défaut de l’optique de l’oeil ou
de sa position, les spécialistes de la vision de l’enfant
essaient de détecter et de corriger cette menace le plus
précocement possible. L’enjeu est d’importance.
Il concerne 40.000 enfants : 22.000 parmi les 60.000 amétropes
dénombrés et 18.000 parmi les 30.000 strabiques. 40.000
enfants d’autant plus à considérer que, aujourd’hui,
on sait leur redonner une vision proche de la normale. Les
PATHOLOGIES VISUELLES GRAVES : une prise en charge
adaptée de l’enfant est toujours possible, que ces
pathologies soient d’origines génétique, infectieuse
ou accidentelle. Qui plus est, elle est d’autant plus efficace
qu’elle est engagée précocement. La
CATARACTE CONGÉNITALE est la principale
maladie héréditaire. Elle se manifeste par une opacité
du cristallin. Selon les cas, il est possible d’intervenir
chirurgicalement dès l’âge de trois semaines
ou à quelques mois. L’enfant peut alors mener une vie
normale s’il bénéficie de soins attentifs. Cependant,
les petites cataractes ne s’opèrent pas tant qu’elles
ne gênent pas la vision. AUTRES MALADIES CONGÉNITALES
CONNUES : le glaucome, les dégénérescences
rétiniennes dont la rétinite pigmentaire, certains
nystagmus, l’albinisme, certaines microphtalmies et certaines
tumeurs.
Les affections oculaires non héréditaires sont, parfois,
la conséquence d’une grande prématurité
ou d’une souffrance du bébé au cours de l’accouchement.
Par exemple la prématurité multiplie par quatre le
risque de troubles tels le strabisme, la myopie, l’hypermétropie.
Les spécialistes ignorent les raisons de ce phénomène
mais ils constatent que, fréquemment, l’oeil ne développe
pas une courbure normale. CERTAINES MALADIES DU
FOETUS (la toxoplasmose par ex.) peuvent provoquer des
troubles de la vision tout comme une infection parfois passée
inaperçue au cours de la grossesse. Dans les cas
les plus extrêmes de TRÈS BASSE VISION
ou de CÉCITÉ, les spécialistes
de l’enfant sont capables dés âge de 6 mois -
d’apprendre au tout petit à développer ses capacités
de compensation visuelle, à utiliser le potentiel épargné.
Selon les cas, c’est le rôle d’une orthoptiste,
une éducatrice de la vision, qui vient une ou plusieurs fois
par semaine pour aider l’enfant à découvrir
ses possibilités visuelles ou celui d’équipes
pluridisciplinaires comportant des ophtalmologistes, des pédiatres,
des opticiens, des psychologues, des orthophonistes, des psychomotriciens,
des kinésithérapeutes, voire des rééducateurs
spécialisés.
Leur but: tout mettre en oeuvre pour qu’il y ait de moins
en moins d’enfants dans des écoles d’amblyopes
ou de non-voyants rendre ces enfants autonomes et leur permettre
d’accéder à des activités sportives telles
la natation, le ski, l’escalade... Dans le même temps,
les parents ont, bien sûr, un rôle à jouer en
collaboration avec les spécialistes. Pendant les tout premiers
mois de sa vie, même si la vision lui manque, l’enfant
découvre le visage de son père ou de sa mère
par le contact, l’odeur, le son...
Ensuite, à partir de 6 mois, son monde s’élargit
et il doit apprendre à utiliser sa vision, si faible soit-elle,
faute de la voir régresser si elle n’est pas stimulée.
En même temps, on offre à cet enfant des objets perceptibles
un biberon sur lequel on a collé des bandes noires, une poupée
ou un animal à dominantes noir et blanc... On suggère
même aux mamans de porter des vêtements à carreaux
ou à larges motifs noirs et blancs. Objectif donner à
voir au cerveau. Inondé d’informations visuelles, il
les exploite, se débrouille...
À l’inverse, si on l’informe peu, il néglige
cette information insuffisante. Ainsi, on peut parfois, grâce
à une bonne prise en charge des parents et à des gestes
très simples, compenser une partie non négligeable
d’une basse vision. Le credo des spécialistes «un
enfant voit peut-être quelque chose et on doit faire travailler
son potentiel de vision pour qu’il appréhende le maximum
du monde qui l’entoure».
DES YEUX SI PRÉCIEUX
Chez l’adulte, 80% des informations provenant du monde extérieur
parviennent par les yeux. Cette capacité essentielle s’acquiert
au cours des premières années de la vie. Que le moindre
«grain de sable» s’insinue dans cette prodigieuse
mécanique et une partie de ce sens si capital peut être
perturbée. Souvent, le cerveau s’en arrange mais plus
tôt on détecte et on écarte ce «grain
de sable», plus le capital visuel est préservé.
En France, les règles de la protection maternelle et
infantile imposent trois visites obligatoires du tout-petit comportant,
entre autres, un examen succinct des yeux et de la vue l’un
à 8 jours de la vie, un deuxième à 9 mois,
un troisième à 2 ans. C’est bien, mais c’est
encore insuffisant les connaissances actuelles montrent que c’est
entre 4 mois et de demi et 9 mois que l’on peut dépister
les principaux défauts non décelés à
la naissance. L’expérience prouve aussi que, bien corrigés
dés cette période de la vie, ils ne demeurent même
pas de mauvais souvenirs... C'EST
DÈS LA NAISSANCE QUE L'ON DÉTECTE LES MALFORMATIONS
LES PLUS IMPORTANTES DE L'OEIL
Ensuite, à la maternité ou pendant les premières
semaines de la vie, c’est au pédiatre qu’il appartient
de dépister un éventuel problème des yeux:
une cataracte comme une malformation mineure.
À partir de là, le pédiatre suit l’enfant
mais les parents ont aussi un rôle de premier plan à
jouer dans l’observation du comportement visuel de leur bébé.
À un mois, une mère doit obtenir facilement la fixation
des yeux de son petit.
À force d’intimité, de complicité, il
lui arrive souvent de percevoir - s’ils existent - un strabisme
ou un léger nystagmus (un battement anormal des yeux) avant
le pédiatre. Au moment où elle les repère,
ces défauts ne sont peut-être pas encore établis
mais si on les néglige, ils peuvent aller en augmentant.
À 4 mois et demi, un strabisme ou un nystagmus constituent
des signes d'appel tout comme l’enfant qui ne suit pas des
yeux ou qui ne sourit pas quand on se penche vers lui. Même
chose, vers 9 mois, si un bébé ne manipule pas ses
jouets ou n accroche pas le regard de ses parents.
Ensuite, un enfant qui ne marche pas vers 15 mois, peut ne pas
bien voir et il n ose pas se lancer dans un espace qu’il discerne
mal.
De la même façon, un enfant est peut-être exagérément
maladroit parce qu’il voit mal les objets et plus tard à
partir de 2 ans et demi, celui qui se frotte les yeux ou qui les
plisse risque d’être myope ou astigmate.
Cette habitude de faire une grimace avec ses paupières est,
pour lui, un moyen de mieux voir...
Tous ces signes constituent autant de raisons de consulter un ophtalmologiste,
en ville ou dans un service hospitalier et ce, au moindre doute
et dès le plus jeune âge.
Cependant, sauf cas particulier, le moment idéal se situe
vers 9 mois car à cet âge, l’enfant est extraordinairement
coopératif, sage comme une image. Pour lui, l’examen
est un jeu et il accepte toutes les contraintes, y compris la rééducation
ou la paire de lunettes susceptibles de lui être prescrites.
Plus tard, passés 18 mois la situation est très différente
Les enfants refusent de se laisser examiner. C’est l’âge
des terribles colères-détresses si mal vécues
par les mamans.
Problème aujourd’hui en France, cet examen du 9ème
mois est pratiqué de façon incomplète. Du moins
la plupart du temps car quelques équipes ont eu la volonté
de mettre en place des consultations spécialisées
dans la vision des tout-petits.
Succès total à Lyon, par exemple, les cas d’amblyopie
ont disparu chez les enfants dépistés et corrigés
précocement dans des services spécialisés.
AU FOND DES YEUX
En fait, nous vivons une révolution douce. Jusqu’au
début des années 80, il paraissait inconcevable aux
spécialistes de mesurer l’acuité visuelle d’un
enfant avant qu’il ne parle. Avant 3 ans, on le voyait à
la façon d’un petit animal: il n’obéit
pas, il est intimidé et il répond n’importe
quoi si on l’interroge...
Cependant, les spécialistes savaient observer les yeux des
petits et détecter de gros défauts visuels en examinant
le fond de l’oeil grâce à des instruments spécifiques,
mais déterminer ce que les yeux percevaient vraiment leur
apparaissait impossible.
Hasard de la science, il a suffi d’une rencontre entre François
Vital-Durand, un chercheur spécialisé dans le cerveau
et la vision des singes, et d’une équipe d’ophtalmologistes
et de psychologues pour que naisse une nouvelle idée : selon
ces scientifiques, pas de doute, on pouvait déterminer, très
tôt dans la vie d’un nourrisson, son niveau et, surtout,
son acuité visuelle.
Une consultation pilote est donc née à Lyon, en 1982,
avant d’essaimer un peu partout en France. Aujourd’hui
plus que jamais, elle reçoit des bébés à
partir de seulement quelques mois.
Objectif : établir précocement un bilan visuel du
nourrisson en trois actes, à une période où
le système visuel est encore malléable.
- Acte 1 : mesure de l’acuité visuelle
- Acte 2 : observation de la coordination et du parallélisme
des deux yeux
- Acte 3 : examen de la puissance optique et du fond de l’oeil
Ces deux derniers actes font partie de la panoplie habituelle des
ophtalmologistes spécialisés en pédiatrie.
Ce que nous appelons l’acte 2 est un examen optométrique
c’est-à-dire l’analyse, par un spécialiste,
de la coordination et de la convergence des deux yeux.
Il consiste à utiliser un écran - certains l’appellent
le test du petit pirate - pour obturer brièvement un œil
puis l’autre et voir s’ils fixent bien lorsqu’on
les découvre. C’est un examen délicat mais qui
ne gêne pas du tout le bébé.
L’acte 3 est un examen purement ophtalmologique où
on dilate la pupille de l’enfant à l’aide d’un
collyre pour déterminer, grâce à un petit faisceau
lumineux, si ses yeux sont myopes, astigmates ou hypermétropes.
Le médecin profite de cette situation pour observer le fond
de l’oeil. Cet examen est totalement indolore. Il ne doit
pas plus inquiéter la maman que l’enfant. Même
s’il ne suffit pas isolément, le premier acte, quant
à lui, demeure la clef du dépistage de la vision du
tout petit.
C’est l’examen dit du regard préférentiel.
Important à sa voirpour les mamans : c’est davantage
un jeu qu’un examen médical traumatisant pour les bébés.
DES EXAMENS QUI PEUVENT SAUVER LA VUE DE CERTAINS ENFANTS
On peut même dire très sérieusement que cette
méthode rappelle le théâtre de Guignol ! Le
bébé est assis sur les genoux de son père ou
de sa mère face au praticien dissimulé derrière
un panneau percé d’une ouverture. Celle-ci sert à
présenter rapidement à l’enfant une succession
de cartons imprimés, sur l’un des bords, de barres
blanches et noires plus ou moins larges.
Au fur et à mesure de l’examen, l’opérateur
doit trouver, grâce au regard de l’enfant, si le dessin
est à droite ou à gauche. Ainsi, un spécialiste
qui sait lire un regard de bébé le voit très
bien faire un petit mouvement des yeux pour détecter l’endroit
où sont situées les barres. Dés lors, le seuil
d’acuité visuelle est déterminé par la
taille des barres les plus étroites, au stade où elles
n’attirent plus le regard du bébé. Ce jeu de
cache-cache est particulièrement simple mais très
efficace.
À Lille, le professeur Jean Claude Hache, ophtalmologiste,
pratique, de son côté, les techniques classiques, mais
il travaille aussi à dépister les anomalies de la
vision du tout-petit à partir de méthodes utilisant
des écrans de télévision.
Suivant les cas, il exploite, lui aussi, mais selon des modalités
différentes, soit la méthode du regard préférentiel
automatisée, soit la technique dite des mesures du potentiel
évoqué visuel. Dans ce dernier cas, il s’agit
de mesurer les impulsions électriques transmises par les
yeux jusqu’au cerveau et correspondant à des images
représentant des damiers alter nativement blancs et noirs.
Comme la précédente, cette méthode est appelée
à se répandre. Bientôt, elle devrait être
l’une des bases du dépistage précoce des défauts
de la vision des nourrissons.
Le monde des spécialistes de la vision est, aujourd’hui,
unanime : de tels examens peuvent sauver la vue de certains enfants.
Dépistés et corrigés à 9 mois, les risques
d’amblyopie sont écartés. Détectés
avant 2 ans, la récupération peut encore être
totale. En revanche, si on intervient entre 2 et 6 ans, le succès
n’est plus que de 50 %. Au-delà, l’amblyopie
est établie. On ne peut plus la compenser l’enfant
voit mal d’un oeil ou des deux yeux.
Il reste que certains enfants échappent encore au dépistage
précoce tandis que d’autres développent, entre
1 et 2 ans, des défauts de la vision tels la myopie. Pour
les uns et les autres, l’entrée à la maternelle
constitue un bon moment pour un bilan général, notamment
visuel.
À cet âge, l’enfant communique par la parole.
C’est déjà un partenaire à part entière
pour l’ophtalmologiste. L’examen que celui-ci pratique
est proche de celui de l’adulte. Simplement, comme l’enfant
ne sait pas encore lire, au lieu de lui présenter un tableau
de lettres, on lui demande d’identifier, d’apparier
ou d’orienter dans le bon sens des dessins d’animaux
ou d’objets familiers.
Là encore, pour l’enfant c’est un jeu mais qui
permet de mesurer la vue avec précision et - si c’est
nécessaire - de déterminer le mode de correction le
plus adapté. De venu grand, l’enfant accepte bien la
rééducation comme le port de lunettes et d’autant
mieux que, de son côté, la maman est convaincue de
l’enjeu.
DES YEUX TOUT NEUFS
Selon les cas, il existe plusieurs modes de correction adaptés
à chaque défaut visuel, à ses différentes
conséquences et à l’âge de l’enfant.
La CHIRURGIE est principalement réservée
à la cataracte, aux glaucomes et aux strabismes sévères.
Dans les deux premiers cas, elle se pratique dès les premières
semaines ou les premiers mois de la vie. En cas de strabisme, les
spécialistes préconisent ce geste vers 5 ans, avant
l’entrée à la «grande école».
Parfois, plus tôt vers 2 ans et demi.
Les LENTILLES DE CONTACT restent, chez le petit
enfant, un moyen de correction d’exception. On les utilise
surtout, dès 3 mois, après une chirurgie de la cataracte,
pour corriger une grande différence entre les deux yeux ou
compenser l’absence d’iris... Cette méthode exige
une participation et une attention considérables de la part
des parents non seulement pour les mettre en place mais aussi pour
éviter les infections et les irritations de la cornée.
La RÉÉDUCATION. La principale technique
de rééducation passe par l’occlusion, par exemple
à l’aide d’un pansement autocollant adapté.
Elle consiste à cacher temporairement le bon oeil pour obliger
le plus faible à travailler. Vers 6 mois, une occlusion de
20 minutes à une demi-heure par jour, pendant quelques semaines,
suffit à ramener l’acuité visuelle de l’oeil
paresseux (celui qui voit moins bien ou celui qui «tourne»)
au niveau de celle du bon oeil.
Plus tard, vers un an, une heure à une heure et demie est
nécessaire par jour, pour arriver à un résultat
équivalent. À deux ans et demi, plusieurs heures d’occlusion
quotidiennes peuvent être indispensables pour traiter, par
exemple, un strabisme passé inaperçu ou survenu après
un choc affectif.
Un enfant petit accepte facilement le temps d’occlusion.
Plus tard, ce moment peut donner lieu à des "négociations"
câlin, histoire ou promenade contre occlusion... Pendant les
2 ou 3 premières semaines, l’enfant comme la maman
ne vivent pas cette séance comme un plaisir mais, peu à
peu, les résultats sont si convaincants que l’un et
l’autre acceptent ce mode de rééducation. Pour
certaines formes de strabisme ou de difficultés des mouvements
oculaires, un opticien, une orthoptiste ou les parents peuvent aider
un oeil à se redresser par une gymnastique adaptée
de seulement quelques minutes par jour.
LES LUNETTES CONSTITUENT LE MOYEN DE CORRECTION LE PLUS RÉPANDU
Chez l’enfant comme chez l’adulte, on les utilise pour
compenser toutes les amétropies - hypermétropie, myopie,
astigmatisme - mais aussi après certaines interventions (cataracte,
strabisme) et pour la rééducation. Dans ce dernier
cas, il s’agit de lunettes dites «à secteur»
une zone des verres est dépolie pour interdire aux yeux de
regarder dans certaines directions.
Lorsque la maman est bien sensibilisée aux bénéfices
que son bébé peut en attendre et que les lunettes
sont convenablement adaptées, l’enfant de moins d’un
an les accepte très bien. Cela devient plus délicat
entre un an et deux ans et demi.
Patience. Il faut encourager l’enfant car le résultat
peut être spectaculaire. On voit des petits de 15 mois qui
ne marchent pas se mettre à trotter en 8 jours quand on leur
donne une paire de lunettes... Plus tard, tout redevient simple
car l’enfant perçoit de lui même tout le bénéfice
apporté par ses lunettes il se sent mieux dans sa vue, dans
sa vie,..
Dans tous les cas, un tel achat demande du temps et les conseils
d’un professionnel compétent. Devant un vrai refus,
il faut chercher à comprendre ce qui se passe. L’échec
peut venir d’une situation de conflit avec les parents ou
de lunettes inconfortables parce que mal adaptées ou mal
centrées...
Aujourd’hui, les lunettes pour enfants ont fait d’énormes
progrès, tant sur le plan technique qu’esthétique.
De même, les opticiens sont de plus en plus nombreux à
savoir choisir et adapter le modèle convenant le mieux. De
leur côté, les fabricants sont parvenus à en
faire des accessoires de mode.
De plus en plus solides, les montures s’adaptent à
la morphologie particulière à la première année
de la vie: absence d’arête nasale, joues rebondies,
oreilles fragiles... Les verres sont incassables et se rayent de
plus en plus difficilement.
DEMAIN, LA VISION DES TOUT PETITS
La connaissance de la vision des bébés est en plein
développement. Aujourd’hui, on connaît de mieux
en mieux les origines génétiques de certaines affections,
notamment celles de la rétinite pigmentaire.
Les scientifiques sont en passe de dominer les processus d’apprentissage
de la vision par le cerveau et les professionnels développent
des instruments de dépistage et de mesure et des moyens de
correction de plus en plus performants. Ce faisant, la recherche
se poursuit en s’appuyant sur l'épidémiologie
une meilleure connaissance des facteurs de risque et des données
chiffrées.
En France, la vue de 100.000 nouveau-nés est concernée,
chaque année, par ces avancées!
tiré de: Inform'Optique , numéro 174, Juillet
1999
Site Internet: www.inform-optique.com
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