Le trouble de l’apprentissage visuospatial est plus fréquent que ce que l’on en pense, selon une étude

Résumé  : Les chercheurs estiment que les troubles d’apprentissage non verbaux peuvent toucher jusqu’à 3 millions d’enfants aux États-Unis.

Les troubles d’apprentissage non verbaux (NVLD), un trouble mal compris et souvent négligé qui entraîne des problèmes de traitement visuospatial, pourraient toucher près de 3 millions d’enfants aux États-Unis, ce qui en fait l’un des troubles d’apprentissage les plus courants, selon une nouvelle étude menée par le Centre médical Irving de l’Université de Columbia.

L’étude, la première à estimer la prévalence du NVLD dans la population générale, a été publiée en ligne aujourd’hui dans JAMA Network Open.

«  Le NVLD est un fardeau énorme et plutôt caché pour la santé publique  », a déclaré Jeffrey Lieberman, titulaire de la chaire de psychiatrie au Vagelos College of Physicians and Surgeons de l’Université de Columbia et directeur de l’Institut psychiatrique de l’État de New York. « Ce travail important n’aurait peut-être jamais vu le jour sans le soutien de défenseurs dévoués et de leur appui philanthropique. Nous espérons que ces découvertes permettront de sensibiliser les gens à cette maladie et de mieux comprendre sa neurobiologie et ses traitements. »

Le nom de ce trouble neurodéveloppemental pourrait être une partie du problème  : les enfants atteints de NVLD ne sont pas non verbaux, comme le nom l’indique, et n’ont pas de difficultés de lecture. Au contraire, les enfants atteints de NVLD ont des difficultés à traiter les informations sensorielles visuospatiales, ce qui peut entraîner des problèmes de mathématiques, de fonctions exécutives, de motricité fine et d’aptitudes sociales. « Les enfants atteints de ce trouble peuvent hésiter à faire des puzzles ou à jouer avec des Lego », explique l’auteure principale, Amy E. Margolis, Ph.D., professeure assistante de psychologie médicale au Collège des médecins et chirurgiens Vagelos de l’Université de Columbia.

« Ils peuvent avoir du mal à attacher leurs chaussures, à utiliser des ciseaux ou à apprendre des itinéraires ou des horaires. »

Le NVLD a été décrit pour la première fois en 1967, mais, comparativement à d’autres troubles d’apprentissage, il a reçu peu d’attention. Il n’y a guère de consensus parmi les médecins sur la manière de diagnostiquer ce trouble, et il n’est pas inclus dans l’édition actuelle du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) de l’Association américaine de psychiatrie. La cause du NVLD n’est pas connue, et il n’existe aucun traitement.

Peu de parents ont entendu parler du NVLD. « La plupart des parents reconnaissent qu’un enfant qui ne parle pas à l’âge de deux ans doit être évalué pour un trouble de l’apprentissage. Mais personne n’y pense à deux fois pour les enfants qui ont des problèmes avec les tâches visuelles-spatiales », déclare Margolis.

Pour déterminer la fréquence de ce trouble, les chercheurs ont analysé trois échantillons indépendants d’enfants (âgés de 6 à 19 ans) aux États-Unis et au Canada, soit un total de 2 596 personnes. Tout enfant présentant un déficit de raisonnement spatial et une déficience dans deux des quatre domaines (motricité fine, calcul mathématique, fonctionnement exécutif visuel et aptitudes sociales) a été considéré comme atteint de NLVD.

Les chercheurs ont constaté que 3 % à 4 % des enfants de chaque échantillon répondaient aux critères du NLVD. « Lorsqu’on l’applique à la population américaine de moins de 18 ans, cela se traduit par environ 2,2 à 2,9 millions d’enfants atteints de NVLD  », déclare la co-auteure Katherine Keyes, Ph.D., MPH, professeure associée d’épidémiologie à la Columbia Mailman School of Public Health.
Un grand nombre d’enfants ayant participé à l’étude et identifiés comme ayant un NVLD ont été diagnostiqués avec un trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (TDAH) ou un trouble de l’anxiété. «  Bien que les symptômes des deux troubles se chevauchent, il est important de les distinguer afin de pouvoir commencer à développer des interventions pour le NVLD », explique Margolis.

Les chercheurs prévoient soumettre une demande à l’American Psychiatric Association afin d’inclure ce trouble dans la prochaine (sixième) édition du DSM.

Ils prévoient également proposer un nouveau nom trouble du développement de l’espace visuel afin d’améliorer la compréhension et la reconnaissance de ce trouble. Margolis conseille aux parents de faire évaluer leurs enfants présentant des symptômes de NVLD. « Le diagnostic peut être réalisé à l’aide d’outils d’évaluation de base, explique Margolis. Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à des tests neuropsychologiques complexes et coûteux. Nous envisa-geons que tous les cliniciens qui utilisent le DSM5 pourront utiliser nos nouveaux critères pour déterminer qui peut répondre aux critères. Ils pourront ensuite envoyer leurs patients subir des tests psychologiques de base, toujours disponibles dans les écoles, afin d’identifier/quantifier un problème de traitement visuospatial. »

Et l’optométriste dans ce dossier?

Amy E. Margolis, Jessica Broitman, John M. Davis, Lindsay Alexander, Ava Hamilton, Zhijie Liao, Sarah Banker, Lauren Thomas, Bruce Ramphal, Giovanni A. Salum, Kathleen Merikangas, Jeff Goldsmith, Tomas Paus, Katherine Keyes, Michael P. Milham. Estimated Prevalence of Nonverbal Learning Disability Among North American Children and Adolescents. JAMA Network Open, 2020; 3 (4): e202551 DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2020.2551

Source

Columbia University Irving Medical Center