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Manque de vision

Nous sommes 1400 optométristes au Québec. Présents chaque jour, dans chaque région, nous œuvrons en première ligne pour détecter, traiter et prévenir les troubles visuels et les maladies oculaires. Avec près de 2,5 millions de visites annuellement, notre rôle est primordial. Et pourtant, depuis 15 ans, le gouvernement fait la sourde oreille à nos demandes répétées de juste rémunération.

Ainsi, après presque 50 ans de participation au régime public, c’est à regret que l’Association des optométristes du Québec (AOQ) annonce que, vu l’échec des négociations, 90 % des optométristes du Québec ont décidé de se retirer de la RAMQ à compter du 9 mars prochain.

POURQUOI LA NON-PARTICIPATION* AU RÉGIME PUBLIC?

Nous avons été très patients. L’entente actuelle est échue depuis le 1 avril 2015 et le gouvernement nous a autorisés à présenter nos demandes il y a un an, le 13 février 2017. Il a ensuite fallu attendre 10 mois avant de recevoir une offre le 12 décembre qui s’est avérée dérisoire, 1,5 % en moyenne par année, soit en deçà de l’indice des prix à la consommation (IPC). Trois ans plus tard, il n’y a donc rien sur la table pour permettre le rattrapage que nous réclamons.

Depuis 15 ans, nous demandons à répétition une rémunération juste et équitable et le gouvernement fait la sourde oreille. Nous sommes tous des professionnels rémunérés à l’acte et offrons des services de santé publique. L’attitude du gouvernement est d’autant plus frustrante à l’heure où il annonce des surplus budgétaires et de nombreux engagements financiers, y compris un programme d’examens de la vue pour les enfants lors de leur entrée à l’école. Il a les moyens de faire le redressement nécessaire.

La rémunération totale des optométristes par la RAMQ est de 56,5 millions $ annuellement, soit seulement 0,15 % du budget total du MSSS. C’est payant pour le gouvernement, accessible pour les patients, mais ce n’est pas rentable pour l’optométrie.

Nous sommes conscients de la répercussion de nos actions sur nos patients et ce n’est pas de gaité de cœur que nous avons pris cette décision, mais l’échec des négociations avec le gouvernement sur la tarification de nos services professionnels ne nous a pas laissé le choix. En tout état de cause, nous allons continuer de servir l’ensemble de la population, mais ce sera au privé à compter du 9 mars 2018.

Réponse de l’AOQ au ministre Barrette

À la suite de l’annonce de l’Association des optométristes du Québec (AOQ) du 7 février sur le retrait de 90 % des optométristes du régime public, le ministre de la Santé et des Service sociaux (MSSS) a tenu des propos pour le moins surprenants.

Nos demandes de juste rémunération

À tous les cinq ans, les optométristes, représentés par Association des optométristes du Québec (AOQ), renégocient leurs tarifs avec le gouvernement pour les services rendus à la population assurée par la RAMQ, soit les moins de 18 ans et les 65 ans et plus, ainsi que les prestataires de la sécurité du revenu.

Cette population représente plus de 50 % des patients et cette proportion est en croissance en raison du vieillissement de la population.

Depuis 30 ans, nos coûts d’exploitation ont augmenté trois fois plus que les honoraires à l’acte (150 % vs 56 %) et pourtant, les hausses accordées par le MSSS durant cette période ne totalisent en moyenne que 1,6 % par année, en deçà de l’IPC.

Contrairement aux autres professionnels de la santé, nous devons couvrir l’ensemble de nos coûts comme les loyers, les salaires de nos employés, les équipements de plus en plus sophistiqués que nous achetons.

Non seulement nous ne couvrons pas nos frais, mais cela nous coûte de l’argent pour examiner les patients assurés par la RAMQ. Pour une urgence, nos honoraires sont de seulement 12 $! Notre rémunération pour un examen de la vue au public est la moitié de ce qu’elle est au privé soit 42 $ en moyenne vs 95 $ au privé selon le guide tarifaire de l’AOQ.

Au fil des années, le gouvernement a imposé des gels de tarifs, des augmentations insuffisantes ou des mécanismes entraînant une réduction des tarifs de certains actes.

Selon une étude conjointe confiée à une firme comptable indépendante par le MSSS et l’AOQ, dont le but était d’établir des données fiables sur la rémunération des optométristes, la profitabilité moyenne par visite assurée par la RAMQ était, en 2012, de 20 cents comparativement à 27 dollars pour les services au privé.

L’augmentation annuelle moyenne de 12,5 % par année qui a été demandée le 13 février 2017 pour la future entente 2015-2020 permettrait de hausser le montant des honoraires bruts moyens à 64 $ par visite d’un client couvert par la RAMQ, dès 2019. L’écart public-privé serait réduit selon nos demandes, mais non comblé.

Nous voulons continuer de servir la population couverte, mais pour ce, nous demandons un traitement raisonnable et équitable de la part du gouvernement.

En ce qui concerne les optométristes œuvrant dans les centres de réadaptation, l’AOQ a aussi déposé des demandes de redressement, espérant entre autres, combler le manque flagrant d’optométristes dans ces centres. Ceux-ci sont solidaires de leurs collègues qui ont déposé leurs formulaires de non-participation et ont décidé pour le moment de ne pas se retirer du régime public compte tenu de l’entente particulière qui les lie à ces établissements. Si ces optométristes choisissaient de se retirer également de la RAMQ, un avis de démission de 90 jours tel que requis par l’entente serait envoyé aux établissements.

* Non-participation : un optométriste devient non participant 30 jours après l’envoi de l’avis par la poste. Le professionnel de la santé non participant exerce en dehors des cadres du régime d’assurance maladie et n’est pas rémunéré selon le tarif prévu à une entente. Il fixe lui-même ses honoraires que le patient prend entièrement à sa charge. Ainsi, aucun remboursement de la Régie n’est possible pour le patient.

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